Ukigusa Monogatari, Ozu Yasujirô (1934)

UKIGUSA MONOGATARI, aka Histoire d’herbes flottantes, aka A Story of Floating Weeds
浮草物語
Année : 1934
Réalisation : Ozu Yasujirô
Avec : Sakamoto Takeshi, Iida Chôko, Mitsui Kôji, Yagumo Emiko, Tsubôchi Yoshiko, Aoki Tomio, Tani Reiko, Nishimura Seiji, Yagumo Emiko, Yamada Nagamasa

Kihachi est le directeur d’une troupe de théâtre itinérante. Il retrouve bientôt une ville qu’il avait quittée il y a de cela plusieurs années, et en profite pour passer tout son temps chez une femme et son fils, Shinkichi, dont le père serait mort il y a bien longtemps à présent…
Otaka, une actrice attachée à Kihachi, décide de mener sa propre enquête, et ses doutes se révèleront rapidement fondés…

HISTOIRE D’HERBES FLOTTANTES constitue à mes yeux l’une des plus grandes réussites de la période muette d’Ozu. Ce dernier devait être plutôt de mon avis à l’époque, puisqu’il en réalisa un remake 25 ans plus tard.

Très amer, d’une mélancolie parfois excessivement lourde, HISTOIRE D’HERBES FLOTTANTES commence pourtant sur un ton très léger, mais l’ambiguïté des personnages principaux (extraordinaires Sakamoto Takeshi, Iida Chouko et Yagumo Emiko) nous embarque parfois sur des sentiers trompeurs. Peut-on ainsi réellement savoir qui se cache derrière ce fantasque directeur de troupe théâtrale, Kihachi ? Alternant les fous rires et autres attentions très touchantes, l’intéressé se révèle aussi capable du pire. N’a-t-il pas, d’ailleurs, abandonné femme et enfant il y a plusieurs années à présent ?
Bien évidemment, Ozu Yasujirô ne se permettrait pas de brosser un portrait humain à coups de simple burin, et l’évolution du film vous surprendra, comme elle l’a fait avec moi, jusqu’à cette fin d’autant plus bouleversante que l’on ne l’avait pas forcément anticipée. Cette finesse, ces non-dits, sont parfaitement illustrés par tous ces personnages aux motivations et passés parfois obscurs : Otaka est une femme entière et absolue, avec ses forces immenses et ses profondes faiblesses ; la mère de Shinkichi est d’un courage débordant et d’un amour puissant mais dissimulé. L’émotion passera alors par des détails, comme toujours chez Ozu : un regard, de simples gestes, une tête qui se baisse…

Le fait que l’œuvre soit muette renforce encore le coté ambigu du film et de ses individus, puisque l’émotion doit avant tout passer par la force des images et des acteurs, dont le talent ici irradie l’écran à chaque instant. L’art de l’ellipse enfin, est pour beaucoup également dans le succès de ce film là (succès critique et public à l’époque). Le spectateur est amené à réfléchir, il doit parfois créer lui-même des connections entre les personnages, imaginant une partie de leur passé, des raisons à leurs réactions bouleversées. Chaque image, chaque détail a alors son importance (la bicyclette de Shinkichi comme objet de transition et personnalisation d’une jeunesse qui s’évapore, les cigarettes d’Otaka, l’attention chirurgicale dont fait preuve la mère de Shinkichi lorsqu’elle prépare le saké).

Le remake tourné en 1959 (intitulé HERBES FLOTTANTES) m’est apparu moins puissant, émotionnellement parlant. Il contient un peu moins d’ellipses, et les acteurs m’ont semblé moins « habités » par leurs rôles. A noter également qu’une piste musicale existe pour HISTOIRE D’HERBES FLOTTANTES, composée par Donald Sosin. Elle fait clairement perdre de la magie au film, vous pouvez lui préférer la piste entièrement muette.

Oli :