Sanma no aji, Ozu Yasujirô (1962)

SANMA NO AJI, aka Le goût du saké, aka An Autumn Afternoon
秋刀魚の味
Année : 1962
Réalisation : Ozu Yasujirô
Avec : Ryû Chishû, Iwashita Shima, Mikami Shinichirô, Sada Keiji, Okada Mariko, Nakamura Nobuo, Miyake Kuniko, Kita Ryuji, Tono Eijirô, Yoshida Teruo, Katô Daisuke, Tamaki Miseyo, Sugimura Haruko

Hirayama Shûhei commence à se faire vieux. Il est veuf depuis longtemps à présent et sa fille, Michiko, l’a toujours aidé depuis. Son fils aîné est marié, tandis que le cadet est toujours à la maison.
Après avoir écumé les bars et vidé bien des verres de saké, ses amis et lui même en sont arrivés à la conclusion que le temps était venu pour la jeune Michiko : à bientôt 25 ans, il faut qu’elle se trouve un mari. Ce qui implique aussi que Shûhei se retrouve seul le restant de sa vie…

Avant de commencer, un petit mot sur le titre du film : la traduction française a improvisé puisque le titre original fait référence au goût d’un poisson (sanma no aji). En anglais ce n’est pas mieux (c’est même bien pire), le film étant traduit ainsi : an autumn afternoon…passons.
LE GOUT DU SAKE est le dernier film d’Ozu. Il ne fallait donc pas s’attendre à ce qu’il bouscule ses habitudes et sa mise en scène. On retrouve ainsi sa patte habituelle, ces plans fixes et ces cadrages si typiques. Les thèmes récurrents qui ont fait la renommée de son cinéma sont aussi présents : Ozu s’est en effet toujours attaché à retranscrire la vie quotidienne des familles japonaises, les bons comme les mauvais cotés, le tout bien souvent marqué du sceau de la nostalgie. Enfin, on retrouve ici toute l’équipe du cinéaste, que ce soit devant ou derrière la caméra.

LE GOUT DU SAKE est donc avant tout une chronique, celle de la famille Hirayama. Ozu s’attardera en particulier sur le père, qui va bientôt assister aux ravages que le veuvage peut créer dans un cocon familial : son ancien professeur d’école est en effet devenu un pauvre homme alcoolique parce qu’il ne s’est jamais pardonné d’avoir été un frein aux demandes en mariage de sa fille. Hirayama Shûhei a l’impression de voir en cet homme son propre reflet, vieilli de quinze ans. Il va alors prendre conscience de la fragile beauté qui habite encore sa fille, et va bientôt se persuader qu’il faut la marier au plus vite, craignant déjà qu’il ne soit trop tard, craignant d’en avoir profité déjà bien trop longtemps. Il veut la voir partir, la voir s’épanouir, même si cela sous-entend pour lui des conséquences qu’il ne mesure peut-être pas encore pleinement…

Au delà des portraits magistraux du chef de famille et de sa fille, Ozu s’attardera également sur le couple formé par Koichi (l’aîné des deux fils) et sa femme. Un couple résolument moderne, où le mari a parfois des caprices de gamin et où l’épouse tente d’apporter un peu d’autorité pour remettre de l’ordre dans la maisonnée. Certaines scènes entre les deux personnages sont absolument craquantes, empreintes d’un humour fin et relevé. Car le film d’Ozu n’est pas seulement un drame, on se surprend ainsi à rire ou sourire à de nombreuses reprises (les réunions entre Hirayama et ses vieux amis, dans la parfaite continuité des précédents films d’Ozu, sont le plus souvent très savoureuses), et on se prend d’une affection énorme pour tous ces personnages absolument crédibles et humains. Ainsi, suivant votre situation et votre sensibilité, vous ne pourrez vous empêcher de vous identifier à certains. Un superbe film donc, qui aurait pu durer une heure supplémentaire, on aurait alors signé avec bonheur.

Ozu confirme ici, et pour la dernière fois, qu’il était bien un grand poète du quotidien.

Oli :