Kohayagawa-ke no aki, Ozu Yasujirô (1961)

KOHAYAGAWA-KE NO AKI, aka Dernier caprice, aka The End of Summer
小早川家の秋
Année : 1961
Réalisation : Ozu Yasujirô
Avec : Nakamura Ganjiro, Hara Setsuko, Tsukasa Yôko, Aratama Michiyo, Kobayashi Keiju, Shimazu Masahiko, Morishige Hisaya, Naniwa Chieko, Sugimura Haruko, Katô Daisuke, Ryû Chishû

Le vieux Kohayagawa a tout pour être heureux et il ne se prive pas. Veuf depuis plusieurs années maintenant, il semble retrouver une seconde jeunesse depuis qu’il revoit son ancienne maîtresse. Ce qui n’est bien évidemment pas du goût de ses enfants.

Ces enfants, les femmes célibataires en particulier, constituent d’ailleurs les seuls petits tracas du vieil homme. Il souhaite en effet que la belle Noriko trouve un mari. Il espère également qu’Akiko, veuve et élevant seule deux enfants, se décide enfin à se remarier.

DERNIER CAPRICE est l’avant dernier film d’Ozu Yasujirô, et curieusement ce dernier va changer quelque peu ses habitudes. Certes ses tiques de réalisation sont toujours bien présents (plans fixes, parfois vides pour étirer le temps), mais lui qui n’était véritablement pleinement à l’aise qu’en tournant des scènes d’intérieur, sort cette fois-ci assez souvent sa caméra. On a ainsi droit à quelques plans d’Arashiyama, ou encore du quartier Gion, à Kyoto. Là aussi Ozu surprend quelque peu puisqu’il fixe la majeure partie de son intrigue entre Kyoto et Osaka. Pas de Tokyo donc, cette fois-ci…ville qu’il a presque exclusivement dépeinte dans ses films précédents. DERNIER CAPRICE rend donc un joli hommage à Kyoto, et même s’il faut bien avouer qu’une grande partie du film se déroule en intérieurs, Ozu a parfaitement su capter l’essence même de cette cité : traditions, calme et naturel. Quelques plans, parfois furtifs, ont donc suffi pour que l’ensemble du film baigne dans une humeur et une atmosphère parfaitement typiques d’une ville comme Kyoto.

DERNIER CAPRICE porte un nom qui n’a rien à voir avec le titre original, qui fait référence à « l’automne de la famille Kohayagawa ». Ce titre là est bien entendu plus judicieux, même si la traduction française improvisée ne trahit pas complètement le film. Le vieux Kohayagawa semble en effet vouloir encore et toujours profiter de la vie, même si son dernier « hobby » sera jugé comme un simple caprice (tiens le voilà) par sa fille, qui lui défendra alors de sortir pour retrouver une maîtresse qui avait tant fait pleurer du vivant de Madame Kohayagawa. Tel un adolescent, le vieil homme, ce patriarche, devra endurer de solides remontrances et des mises en garde bienveillantes de la part de sa fille. Il s’amusera même quand il s’agira de tromper la vigilance des siens pour sortir rejoindre son amourette en cachette.
Parallèlement à cette aventure, et ce renversement certain de situation entre les parents et les enfants, Ozu met de nouveau en scène des interrogations relatives à un sujet qui le passionne : le mariage. Tout d’abord il y a la jeune Noriko. Cette dernière ignore si elle doit accepter un mariage de raison pour rendre service à sa famille, ou bien au contraire faire le choix des sentiments et partir au bras d’un ami et tout quitter pour le rejoindre à Sapporo. Akiko de son coté, est veuve depuis plusieurs années. Incarnée par la sublime Hara Setsuko, celle-ci tient un discours qui n’est pas sans rappeler celui qui était déjà le sien dans le film ÉTÉ PRÉCOCE : une femme moderne, prête à s’assumer et à envisager seule l’éducation de ses enfants. Elle ne dit pas non au mariage, simplement elle refuse de choisir sous la contrainte ou la précipitation.

Moins émouvant que les autres films d’Ozu tournés à la même époque, moins touchant peut-être également, DERNIER CAPRICE manque de peu, à mes yeux, de réaliser cette si rare alchimie (qu’Ozu maîtrisait pourtant si bien) qui vient mettre sur un même plan rire et émotion, raison et sentiments. Bien entendu le film n’est pas dénué de charme, loin de là. Il se suit sans ennuis, parfois même avec passion. De plus et bien entendu, ses personnages sont incroyablement attachants. Mention spéciale à Nakamura Ganjiro (le patriarche) et à ma petite préférée, la beauté et le talent personnifiés : Hara Setsuko. Actrice unique, au charme si particulier, à la voix chaude et rassurante, au sourire sincère et si touchant. Elle tournait ici pour la dernière fois avec Ozu Yasujirô…plus surprenant encore, il s’agissait là tout simplement de l’un de ses derniers films. En effet peu après le décès d’Ozu, Hara Setsuko, idole adorée, icône irremplaçable, véritable phénomène de société incarné, allait tourner le dos aux plateaux de cinéma pour ne plus jamais réapparaître en public. Comme ça, du jour au lendemain, sans explications. Pourtant et malgré son absence, celle qui a tourné pour les plus grands dans quelques uns de leurs plus grands films, restera sans doute à jamais tout en haut de l’affiche, et même un peu au dessus, dans le ciel et parmi les étoiles.
Non il n’a sans doute pas fini d’embellir nos écrans, notre si joli rayon de soleil levant.

Oli :