Bakushû, Ozu Yasujirô (1951)

BAKUSHÛ, aka Été précoce, aka Early Summer
麦秋
Année : 1951
Réalisation : Ozu Yasujirô
Avec : Hara Setsuko, Ryû Chishû, Awashima Chikage, Miyake Kuniko, Sugai Ichirô, Higashiyama Chieko, Sugimura Haruko, Ikawa Kuniko, Nihonyanagi Kan, Sano Shuji, Takahashi Toyoko, Miyaguchi Seiji


Noriko approche de la trentaine et n’est toujours pas mariée. Ses proches s’inquiètent, et se décident à l’aider dans sa recherche d’un mari.

Comme à son habitude, Ozu Yasujirô nous parle de ce qu’il aime le plus : le quotidien et les petits comme les grands tracas de familles japonaises ordinaires.
Ici il est question de Noriko, elle vit encore avec ses parents et frères et sœurs. Jeune femme aimée de tous et épanouie, il ne lui manque plus qu’une chose : une vie amoureuse. Ozu a déjà abordé ce genre de sujet dans d’autres films, mais comme à chaque fois on se laisse prendre au jeu des sentiments, et malgré un rythme lent et une durée dépassant les deux heures, on ne voit pas le temps passer, on s’immisce dans la vie de cette famille, on s’attache à ses membres, bref, on passe un bon moment. Car c’est aussi cela le cinéma : la réussite dans la simplicité. Ozu parvient ainsi une nouvelle fois à faire émerger une beauté tangible du quotidien d’une famille pourtant banale.

Noriko est donc dans une position délicate, il faut qu’elle se marie, à vingt-huit ans il est plus que temps. Elle parait en avoir envie, mais ne cherche pas un homme à tout prix. Sa famille au contraire, va remuer ciel et terre pour qu’un homme, fortuné de préférence, lui passe la bague au doigt. Elle acceptera leurs efforts, avec le sourire et une évidente volonté de leur plaire : car la famille, c’est important. Pourtant les premières hésitations vont apparaître lorsqu’elle comprendra que la personne qu’on lui propose comme mari est en fait un homme d’une quarantaine d’années. Elle aura alors ces mots fameux : « Je ne fais pas confiance à un homme qui est toujours célibataire à quarante ans. J’ai plus confiance en un homme qui a déjà su avoir un enfant ». Un film qui est donc peut-être plus actuel qu’il n’y parait (le problème du mariage avant la trentaine répondant comme un écho à la situation qui s’observe encore aujourd’hui, dans une moindre mesure, au Japon), et qui illustre dans le choix final de Noriko un bel exemple de courage et de modernité.

Un mot pour finir sur l’actrice principale, Hara Setsuko, icône incontournable et adorée du cinéma japonais de cette époque : elle suscite aujourd’hui encore beaucoup de mystère et de curiosité, précisément depuis le jour où, au milieu des années 60, elle claqua violemment la porte du monde du cinéma pour se retirer loin des regards indiscrets (on lui en voulut beaucoup d’ailleurs). Dans BAKUSHÛ, Hara Setsuko dégage une véritable lumière, presque palpable à l’écran : oui, elle est rayonnante.

Oli :