DISTANCE, Koreeda Hirokazu (2001)

DISTANCE
Année : 2001
Réalisation : Koreeda Hirokazu
Avec : ARATA, Iseya Yûsuke, Terajima Susumu, Natsukawa Yui, Asano Tadanobu, Azusa, Endô Kenichi, Tsuda Kanji, Murasugi Seminosuke, Nakamura Baijaku, Ryô, Yamashita Yorie

Trois ans après la disparition tragique et volontaire des membres d’une secte obscure, quatre amis, tous parents de victimes, se retrouvent le jour anniversaire de la tragédie sur les lieux même où celle-ci a commencé : un endroit paisible et reculé, une petite maisonnée coincée entre la forêt et l’eau reposante d’un lac. En chemin, ils croisent Sakata, un jeune homme qui appartenait à la secte…et qui l’a quittée juste avant le massacre.
Le pèlerinage va alors prendre une tournure inattendue.

Après AFTER LIFE, le réalisateur Koreeda Hirokazu confirme son goût pour les films atypiques. Sur un rythme d’une lenteur que beaucoup qualifieront d’excessive, Koreeda Hirokazu filme à la manière d’un documentaire les errances et interrogations de cinq personnes. Quatre d’entre-elles ont perdu un être cher lors du suicide collectif survenu au sein d’une secte, tandis que la cinquième appartenait à ladite secte. Un sujet délicat donc, surtout quand on connaît le nombre innombrable de sectes et parfois de groupuscules encore plus mystérieux qui fourmillent au Japon – le film parle d’ailleurs, sans jamais la nommer, de la tristement célèbre secte Aum (attentat au gaz sarin dans le métro tokyoïte, en 1995).

Le point fort du film réside donc avant tout dans son sujet ; risqué, novateur, celui-ci sera également mis en valeur par son traitement. Koreeda nous montre ainsi les choses telles qu’elles sont, il ne porte aucun jugement, et laisse à chaque spectateur le soin de se forger lui-même son opinion. Que ce soit du côté des suicidés, que l’on côtoiera de longs moments par le biais de flashbacks et qui vont alors nous apparaître confondant de normalité. Ou encore du côté de leurs familles, représentées ici par un frère, ou encore un époux abandonné, la caméra de Koreeda ne sombrera jamais dans le voyeurisme mal placé, encore moins dans la critique facile et ouverte.
Le spectateur est un adulte, s’il entreprend le voyage proposé par Koreeda, qu’il trouve seul la clé du chemin emprunté par tous ces blessés de la vie, survivants de l’inexplicable, que l’on résume parfois trop facilement à la folie.

Un film aussi risqué constitue une entreprise parfaitement louable, mais malgré l’attachement que je porte au sujet et au traitement qui en a été fait, je ne peux faire l’impasse sur quelques défauts qui font, qu’au final, on peut parfois perdre patience devant le film DISTANCE. Premièrement le choix visuel de Koreeda (caméra embarquée à l’épaule durant toute la première partie du film) s’explique sans doute par la volonté de rapprocher le film d’un documentaire. Hélas, bien souvent ces mouvements intempestifs de caméra sont si brusques et si nombreux qu’ils en viennent à déstabiliser le spectateur, surtout ceux-ci ne me sont pas tous apparus très justifiés. Il convient donc d’être particulièrement motivé pour voir le film d’une seul traite. Il faut également ne pas être trop fatigué, puisque le film dure plus de deux heures, et que son rythme excessivement lent, ajouté à des choix visuels parfois discutables, risquent de décourager jusqu’aux plus endurcis d’entre-nous.

Les plus courageux devraient malgré tout apprécier le sujet proposé par Koreeda…un chemin en forme de voyage introspectif au sein d’hommes et de femmes…tout simplement humains.

Oli :