Tsuki no sabaku, Aoyama Shinji (2001)

TSUKI NO SABAKU, aka Desert Moon
月の砂漠
Année : 2001
Réalisation : Aoyama Shinji
Avec : Mikami Hiroshi, Toyota Maho, Kashiwabara Shuuji, Ikari Yukiko, Natsuyagi Isao, Akiyoshi Kumiko, Hagiwara Kenichi, Tsuda Kanji

Nagai est un homme d’affaire qui a connu d’immenses réussites et qui a percé grâce à l’explosion d’Internet. Mais depuis quelque temps sa société perd du terrain, ses employés ne le regardent plus de la même manière. Tout le monde le trouve changé : car pour la première fois le doute l’habite. Il ne voit plus sa femme Akira et sa fille que par l’intermédiaire des vidéos qu’il a gardé d’elles. Il les regarde seul, dans son immense maison, car sa femme l’a quitté, il y a quelque temps de cela.
Akira peine à s’assumer, elle vit dans un appartement à Tokyo avec la petite Kaai : entièrement dépendante de l’argent de son mari, avec lequel elle n’a toujours pas divorcé, Akira tente d’oublier les souvenirs trop pesants, elle tente d’ignorer ces apparitions surgies du passé. Alors elle noie ses soucis, et trouve du réconfort auprès de sa fille.

Alors qu’il rentre chez lui, Nagai va rencontrer un drôle de jeune homme : Keechie. Celui ci vend son corps au plus offrant, homme ou femme, et Nagai va bientôt lui proposer un étrange marché : coucher avec sa femme, et si elle accepte, lui demander si elle a aimé.

Le début du film est prometteur : un curieux ménage à trois semble s’installer, un coté malsain paraît devoir s’imposer. Par la suite, on déchante vite.
Nagai est un homme d’affaire qui a tout sacrifié pour réussir, et maintenant qu’il y est parvenu il s’accroche à son argent parce que c’est tout ce qui lui reste. Une phrase récurrente du film précise : « quand on obtient tout ce qu’on a désiré, cet objet disparaît, ce n’est qu’une illusion ». Et Aoyama à grands renforts de discussion en tous genres nous narre les dérives du capitalisme à outrance et la déshumanisation de ces sociétés qui ne sont plus gérées pas des hommes mais par des entités indistinctes, sans scrupules puisque presque immatérielles : les actionnaires.
A coté de cet homme riche mais abandonné de tous, Akira navigue comme une âme en peine, boit pour oublier le passé douloureux et un futur incertain.
Le troisième larron, Keechie, cache derrière ses allures de petite frappe au sang chaud un jeune homme déjà fortement meurtri dans sa peau. Un écorché vif qui n’a semble-t-il jamais réglé ses comptes avec sa famille, qui en souffre encore aujourd’hui, et qui va aborder notre couple en crise avec des intentions bien obscures.

En plus des dérives du capitalisme total, Aoyama nous dépeint le mécanisme qui peut mener à la destruction du couple (sujet traité avec plus de finesse dans le film M/other de Suwa Nobuhiro). Mais c’est là que le problème majeur du film surgit : Aoyama s’est senti obligé de tout expliquer, le sens de chaque scène étant développé dans toutes les largeurs par le biais de dialogues interminables, rarement touchants, régulièrement fumants. C’est parfois à se taper la tête contre les murs, puisque le plus souvent on comprend tout alors que les personnages continuent indubitablement à se justifier. C’est plutôt rageant, d’autant plus que le film sort immédiatement après le grandissime EUREKA, du même réalisateur…

Oli :