Hiroshima mon amour, Alain Resnais (1959)

HIROSHIMA MON AMOUR, aka 24 jikan no jôji
二十四時間の情事
Année : 1959
Réalisation : Alain Resnais
Avec : Emmanuelle Rivas, Okada Eiji, Stella Dassas, Pierre Barbaud, Bernard Fresson

1959 ; Elle le rencontre un peu par hasard. Elle est actrice et française, lui architecte japonais. Une chaude et intense passion va rapidement naître l’espace d’une nuit, à Hiroshima.

Le film (co-production entre la France et le Japon) commence comme un documentaire et nous rappelle, par le biais d’images parfois insoutenables, toute l’horreur des bombardements du mois d’août 1945. La première bombe explose le 6 août à Hiroshima. Bilan : 200 000 morts en l’espace de 9 secondes, des dizaines de milliers de blessés, une ville rasée de la carte, et cet effroi qui se propage subrepticement, celui dont on ne parle pas -ou peu, ces maladies qui achèveront les blessés des années plus tard, ces maux infâmes qui gâcheront les vies des enfants de mères irradiées.

Passé ces douloureux événements, le réalisateur Alain Resnais recentre son sujet autour de l’intrigue amoureuse, entre cette Française au cœur visiblement torturé, et ce Japonais qui lui avouera bientôt toute la surprenante étendue de sa passion. Les deux protagonistes vont alors se laisser aller à des digressions philosophiques et dramatiques sur les thèmes du souvenir et de l’amour. Si Marguerite Duras signe les dialogues, ceux ci n’en demeurent pas moins assez pesants, et même si quelques lignes parviennent à flirter avec la poésie la plus fine, le reste du temps le tout dérape sensiblement sur un ton trop prétentieux (c’est du moins comme cela que je l’ai ressenti). Le film traîne alors en longueurs, entre des dialogues interminables meublant difficilement une intrigue dont on se détache petit à petit (la femme m’est rapidement apparue insupportable), et un parallèle établi entre les graves souvenirs de jeunesse de la Française à Nevers (où son amour pour un Allemand la projettera sinon en Enfer du moins près de la folie) et le devoir de mémoire survivant toujours à Hiroshima. Dans les deux cas, la mémoire est pénible, insoutenable parfois. Mais indispensable. La jeune femme prononcera ainsi ces quelques mots, à propos de son amant allemand : « tu n’es pas tout à fait mort, j’ai raconté ton histoire ». Car c’est bien là le but de chacun : faire survivre les âmes suppliciées au temps qui passe, inlassablement. Survivre au drame, à l’ignominie. C’est ce que s’évertue à faire la ville de Hiroshima, dans le cadre de son ensemble architectural bâti pour la Paix. C’est aussi le but de tant de Japonais survivants, apportant leur maigre (mais si précieuse) collaboration dans l’entretien des jardins ou encore de quelques monuments.

Malgré ces bonnes prétentions affichées par le réalisateur, le texte de Duras et la musique de Delerue plombent rapidement le tout. N’eut-il mieux pas valu écrire une nouvelle plutôt que de réaliser un film avec des textes littéraires ?
Quelques éléments m’ont néanmoins sorti quelque peu de ma torpeur. Il s’agit des vues mêmes de Hiroshima. Celles ci nous confirment en effet que la ville, une quinzaine d’années à peine après le drame, renaît déjà de ses cendres. La vitesse à laquelle le renouveau s’est opéré paraît miraculeuse. Renouveau confirmé aujourd’hui, puisque Hiroshima est à présent une ville japonaise comme les autres, son Parc de la Paix (et son Musée), aperçus distraitement dans le film continuant néanmoins à se dresser élégamment en témoins de l’inimaginable.

Plaidoyer contre l’oubli, construit sous la forme d’une intrigue amoureuse mise en parallèle avec le drame atomique (ou quand la petite histoire s’imbrique dans la grande), HIROSHIMA MON AMOUR est un film difficile à apprécier mais qui mérite certainement qu’on lui redonne sa chance dans le cas où, comme moi, vous soyez passé un peu à côté la première fois. Car HIROSHIMA est une œuvre à part. Un peu unique. Personnellement je ne l’ai pas encore revue. J’attends justement ce contre quoi Alain Resnais se bat dans son film : j’attends de l’oublier.

Oli :